
QUELLE BONHEUR ! ET QUELLE CHANCE.
En plein Paris, les oiseaux chantent à tue-tête dès le petit matin. C’est tout juste s’ils ne dépassent pas, en intensité vocale, les oiseaux de nos campagnes guettés par nos oreilles encore en sommeil, avant-même le lever du jour. Partout, ils ont pris la main. Ce sont eux qui célèbrent l’aube dans un concert vivifiant et joyeux. D’une tendresse à nous faire fondre de reconnaissance. La beauté au seuil de nos journées : quel bonheur, et quelle chance !
Hâtons-nous d’accueillir cette joie. Les floraisons nous enseignent la fugacité, en cette saison printanière qui nous fait le cadeau de beaux jours successifs, généreux en lumière et en douce chaleur. Les fleurs des arbres fruitiers ont bien vite disparu du jardin, la glycine blanche s’est déjà fanée alors que les clématites s’épanouissent juste avant que les rosiers ne commencent à laisser éclore leur premiers boutons. Le temps file vite. À peine le temps de respirer ces symphonies de parfums que certains d’entre eux se sont envolés jusqu’à l’année prochaine.
Un exercice d’équilibre de l’esprit s’offre à nous, plus qu’en toute autre saison. Il nous faut savourer, déguster, apprécier, se laisser inspirer, et accepter. Ces heures d’enchantement nous comblent mais elles pourraient bien, également, engendrer une frustration mère de nostalgie. Seule la conscience de l’impermanence des choses s’avère assez profonde pour nous élever au-dessus de ces réactions perturbatrices. L’instant présent est appelé à nous combler, dans toute la puissance de l’ancrage que nous expérimentons à travers lui.
Enchantés, laissons en nous se jouer librement la musique de ces chants d’oiseaux, de ces parfums et couleurs de fleurs, de ces danses de papillons. Ne saisissons pas ces moments de bonheur pur qui n’appartiennent qu’à l’espace. Ne nous agrippons pas à eux. Ils nous portent sur leurs ailes sensibles et insufflent en nous une légèreté exquise. Quel bonheur, et quelle chance que cette félicité !
Coline Enlart, Rédactrice en chef