
CONTRE LES FIGURES D’AUTORITÉ
Samah Karaki
Si, d’aventure, vous ressentez une fascination pour une figure, connue ou non, lisez ce livre. Si ce n’est pas votre cas, lisez-le également : vous serez ainsi informé·e sur toutes les formes d’obéissance cognitive tapies dans l’ombre de votre pensée. Docteure en neurosciences et chercheuse, Samah Karaki se plait à analyser les enjeux sociaux et environnementaux à la lumière des plus récentes acquisitions de sa spécialité. Généralement, elle n’y va pas par quatre chemins et sa détermination a le don de remuer fortement l’air ambiant. Si on aime le consensus, c’est raté. Et tant mieux. Avec elle, le cerveau se réveille, en prend parfois (souvent) pour son grade côté certitudes, et se lance dans un programme de mise à jour on ne peut plus bénéfique, voire radicalement salvateur. Paradoxalement, on se sent rassuré·e par son inlassable questionnement. Son nouvel essai n’échappe pas à sa règle. Histoire de nous faire comprendre que nous nous laissons berner par nos propres tendances à user des raccourcis claviers pour réfléchir ou, tout au moins, penser réfléchir, en nous référant à des figures d’autorité que nous sommes persuadé·es d’avoir validées en toute connaissance de cause, Samah Karaki nous explique que nous utilisons alors sans le savoir des prothèses psychiques. Inutile de se braquer à la lecture de sa démonstration : nous avons tout à en apprendre sur les ruses de notre cerveau assujetti à des injonctions systémiques dont nous ne conscientisons pas même un début d’alphabet. Et de nous fournir exemple sur exemple, au cas où nous n’aurions pas tout saisi sur notre propre démarche d’élection des figures d’autorité qui constituent notre référentiel “librement choisi”, qu’il soit politique, artistique ou scientifique. À l’œuvre dans nos neurones, une forme d’hypnose douce, nous dit-elle, imagerie du cerveau à l’appui. Serions-nous en réalité des endormi·es number one ? Des ahuri·es qui se laissent dicter leur perception du monde ? Son essai a de quoi nous laisser sans voix, en soudaine remise en question de nos capacités de discernement. Voire vaguement agacé·es de se laisser berner par… Qui ? Une autorité extérieure ? Ou bien nos propres projections ? Ou encore, c’est le plus probable, les unes entrelacées à l’autre. Samah Karaki nous a prévenu·es dès l’introduction de son livre : “Croire en un auteur, c’est déjà obéir.” Que dire de notre profond intérêt pour cette auteure et son exposé ? Nous n’y voyons nulle obéissance, mais jugez par vous-même !
Éditions Rue de L’Échiquier. Collection Les Incisives. 128 pages. 14 €