Votre mÚre, ThérÚse Bertherat, a élaboré la méthode d'Antigymnastique devenue, aujourd'hui, Antigym. En quoi consiste-t-elle ?
C'est une mĂ©thode de « mieux-ĂȘtre », mais c'est aussi un Ă©tat d'esprit : un regard bienveillant sur le corps, libĂ©rĂ© des jugements, des idĂ©es reçues et des injonctions qui le font souffrir. C'est aussi un regard incisif qui nous met face Ă nos responsabilitĂ©s et nous rĂ©vĂšle notre libertĂ©. Combinaison subtile qui reflĂšte la personnalitĂ© hors norme de sa crĂ©atrice : anticonformiste, crĂ©ative, intuitive, terrienne et pragmatique. KinĂ©sithĂ©rapeute de formation, ma mĂšre s'est trĂšs vite intĂ©ressĂ©e Ă d'autres voies thĂ©rapeutiques et sa mĂ©thode est le fruit de longues annĂ©es de recherches et d'expĂ©rimentations. Elle est nĂ©e de l'envie d'offrir Ă chacun la possibilitĂ© de se « rĂ©parer » soi-mĂȘme en renouant avec son corps. Dans Le Tour de mon corps, on retrouve tous les fondements de la mĂ©thode, mais c'est avant tout un livre consacrĂ© au corps, « une odyssĂ©e poĂ©tique Ă travers son corps » pour reprendre les mots du docteur Ămilie KeroguĂšs-Lepitre qui en signe la prĂ©face.
Votre fille a dessiné les illustrations de votre ouvrage et votre petite-fille y figure déjà à travers la dédicace. Ce livre n'est-il pas un témoignage de transmission durable ?
Travailler en famille est une tradition familiale ! Ma mÚre nous a fait participer, mon frÚre et moi, à son livre Le Repaire du tigre, mon frÚre comme photographe, moi comme modÚle. Elle et moi avons ensuite co-écrit à corps consentant, récit des neuf mois de ma premiÚre grossesse, lorsque j'attendais ma fille Julie. Et, depuis maintenant une dizaine d'années, Julie participe à son tour à l'aventure Antigym avec ses magnifiques illustrations pleines de vie et de tendresse. La méthode créée par ma mÚre est si juste et si belle : comment ne pas vouloir la transmettre de main en main, de génération en génération ?
Que souhaitez-vous apporter aux femmes et aux hommes qui vous lisent ?
Un regard renouvelĂ© sur leur corps : plus tendre, plus aimant, plus patient, Ă mille lieues de la quĂȘte de performance et du « no pain, no gain ». Et aussi, un chemin vers l'autonomie. Qu'ils n'aient pas Ă dĂ©pendre d'un maĂźtre, d'un coach ou d'un soignant. Qu'ils puissent avancer en confiance par eux-mĂȘmes, sans pression ni modĂšle Ă suivre. Dans ce livre, je propose des mouvements simples et prĂ©cis, conçus pour permettre Ă chacun de dĂ©nouer soi-mĂȘme ses « nĆuds ». Afin d'en faciliter la pratique, je les ai enregistrĂ©s en version audio, disponibles sur le site de podcasts letourdemoncorps.com. On peut ainsi les faire chez soi, tranquillement et Ă son rythme. Et comme il s'agit d'audios, et non de vidĂ©os, puisqu'il n'y a rien Ă voir ni personne Ă copier, on n'a pas besoin de rester fixĂ© devant un Ă©cran.
Que recouvre à vos yeux l'expression que vous employez en couverture du livre « pour se faire du bien » ? Beaucoup de méthodes prétendent « faire du bien » : en quoi l'Antigymnastique s'en différencie-t-elle ?
Beaucoup de pratiques corporelles, mĂȘme douces, restent empreintes de comparaison ou de « rĂ©ussite », d'idĂ©al Ă atteindre. Elles donnent des exercices à « faire » pour gagner en souplesse, des postures Ă tenir ou des enchaĂźnements codifiĂ©s Ă rĂ©aliser. L'Antigym met l'accent non pas sur ce qu'il faut atteindre, mais sur ce qu'on peut ressentir ici et maintenant. L'idĂ©e n'est pas de bien faire, mais de sentir ce qui se passe en soi. La perception compte plus que l'apparence. On expĂ©rimente des mouvements, on Ă©veille ses sens et ses sensations, on rĂ©veille des zones endormies, on ressent son corps pleinement vivant.
Comment adopter l'Antigym avec votre livre ? Comment celui-ci « fonctionne »-t-il ? Par quoi commencer ?
On peut lire Le Tour de mon corps en suivant l'ordre des chapitres, c'est-à -dire en commençant par les pieds et en terminant par les yeux, c'est un chemin simple et logique qui fonctionne trÚs bien. Mais on peut aussi tracer son propre parcours en se laissant guider par ses envies ou besoins du moment. Dans tous les cas, on prend son temps, on chemine tout en douceur. Un jour, on explore son bassin du bout des doigts, un autre jour on se masse le ventre ou on se caresse les épaules. Un matin, on expérimente un mouvement, un soir un autre. On pratique lentement, en respirant, en se faisant plaisir.
Vous animez des ateliers en prĂ©sentiel et en Zoom, vous formez des thĂ©rapeutes dans toute la France et dans le monde, vous enregistrez des podcasts, vous proposez des accessoires, vous avez Ă©crit ce livre trĂšs complet : l'Antigym a de beaux jours devant elle ? Ne pensez-vous pas que les femmes ont plus que jamais besoin de ce regard sur elles-mĂȘmes ?
L'Antigym propose, en effet, un autre regard sur soi qui va à l'encontre des pressions sociales, notamment celles qui pÚsent sur les femmes. Au lieu d'imposer un corps mince, tonique, performant ou jeune, l'Antigym invite à accueillir son corps tel qu'il est, avec son histoire, ses marques, ses limites et sa richesse. Elle offre un espace de liberté dont les femmes ont, en effet, aujourd'hui grand besoin.
Qu'aimeriez-vous dire à vos lectrices et lecteurs sur leur corps et les soins à lui apporter ? Favorisez-vous une approche globale du corps par les médecines douces, une alimentation végétale ?
Notre corps est un trĂ©sor, notre bien le plus prĂ©cieux. Il est aussi nous-mĂȘme, le lieu oĂč nous vivons, expĂ©rimentons, ressentons, crĂ©ons, aimons. En prendre soin, le reconnaĂźtre, l'habiter pleinement, le respecter en le mettant rĂ©guliĂšrement en mouvement, en lui offrant autant que possible un sommeil rĂ©parateur, une alimentation vivante, respectueuse du corps et de la nature â n'est-il pas l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse se faire ? Loin d'ĂȘtre une contrainte, cela pourrait devenir un art de vivre.