Marie Desplechin. Serge Bloch.
Du concret. Pour aider, à notre mesure. Les revenus de la vente de ce petit livre à petit prix (5€) seront intégralement reversés à Médecins du Monde, association présente sur place, à Gaza. Destiné aux enfants à partir de 12 ans, mais pourquoi pas plus tôt, ainsi qu'aux adultes qui les accompagnent, cet ouvrage conçu par un collectif de 80 éditeurs jeunesse (la quasi totalité d'entre eux) raconte l'histoire de Rim, une petite fille palestinienne, son jeune frère Mohamad, et leurs grands-parents Yakoub et Amal, sur la route de Gaza Ville. Il faut marcher, avancer, le bruit incessant des drones au-dessus de la tête, afin de trouver des médicaments pour le petit Mohamad, malade.
Il faut toujours marcher dans cette enclave dessinée par l'envahisseur, tenter d'éviter les bombes, essayer de manger, chercher des proches, sur la route, eux aussi, espérer retrouver sa maison. La mort, partout, mais aussi la vie, quotidienne, dévastée et résistante, de ces hommes, femmes et enfants, Marie Desplechin avec ses mots sur le fil et Serge Bloch avec ses images d'une humanité saisissante, les décrivent au plus près de la réalité, avec autant de sensibilité que de justesse. Une exigence morale pour les deux auteurs. Évidemment, le propos est déchirant, on le savait par avance, mais il faut que d'autres le sachent, que tout le monde le sache : on ne se voile pas la face devant des crimes de guerre. Qui l'oserait ?
Des chiffres, issus de Gaza. Eux, c'est nous.
Toutes les écoles, sans exception, ont été détruites.
La totalité des terres agricoles a été rendue incultivable.
83 % des personnes tuées sont des civils, dont une majorité de femmes et d'enfants.
Plus de 500 humanitaires ont été tués.
Les repères, en fin d'ouvrage ancrent le récit dans les dates, les chiffres, le témoignage de Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, plus criants que tout. Premières victimes de ce génocide, les enfants meurent par dizaines de milliers, les petits survivants errent seuls, sans famille, la malnutrition pour tout horizon alors que les soignants et les structures de santé font partie des cibles prioritaires de l'occupant. C'est avéré, documenté, indiscutable. On veut retenir de ce parcours, éprouvant mais ô combien nécessaire pour l'avenir de l'humanité, les tresses de Rim, ses jeux avec son frère, les histoires de Cherokees imaginées par Yacoub : d'une sobriété bouleversante, ce livre est une réussite. Il dit la vérité.
Les éditeurs jeunesse avec Les Enfants de Gaza. 48 pages. 5 €

